TERA, l’écovillage au revenu d’autonomie

Tour de France des eutopies, l’AG de Tera.

Les 19 et 20 mars je me rends à Masquières dans le Lot et Garonne pour l’Assemblée Générale de l’association Tera. J’ai suivi le projet sur internet depuis ses débuts en 2014 mais je ne suis que nouvellement adhérente. L’écovillage a la particularité de verser à chaque habitant.e, les Terian.e.s, un revenu d’autonomie en monnaie citoyenne locale. C’est le point qui me paraît le plus novateur mais Tera est bien plus ! C’est un projet qui aborde toutes les composantes de la vie de village. L’association met en avant le bien-être et le vivre-ensemble. Pour cela elle expérimente une gouvernance partagée, la mutualisation des ressources, des habitats écologiques légers et de plus elle se questionne sur la santé, l’éducation, l’information et les déplacements. Cette expérience est proposée comme un modèle pour le XXIème siècle.

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Arrivée tôt, je repère le Tera-Van stationné devant la salle polyvalente du village où je retrouve peu après les membres de l’association.

Un revenu d’autonomie et une monnaie locale pour changer de vie.

Sur son site ( http://www.tera.coop/ ) Tera vise à construire un écovillage pour relocaliser à 85% la production vitale à ses habitants, abaisser son empreinte écologique à moins d’une planète, valoriser cette production en monnaie citoyenne locale, émise via un revenu d’autonomie d’un euro supérieur au seuil de pauvreté pour chacun de ses habitants. Ce revenu d’autonomie, déconnecté de la production personnelle comme de l’exigence de réciprocité dans les échanges, doit permettre à chaque habitant.e de Tera de choisir ses activités. Frédéric Bosqué, initiateur de Tera et co-fondateur du Mouvement Français pour un Revenu de Base explique sur revenudebase.info l’expérience de Tera qui sera menée sur 10 ans, ainsi que la différence entre le revenu de base inconditionnel et le revenu d’autonomie. Pour lui, Tera peut avoir une portée au niveau national voire global sur le système économique :

Ce revenu de base, versé au maximum en MCL (Monnaie Citoyenne Locale), va dynamiser prioritairement des échanges à fortes valeurs sociales et écologiques et des acteurs prioritairement locaux aux pratiques visant le respect des humains et de la nature.
Le revenu d’autonomie va régénérer les composantes de base de notre république qui sont comme les cellules et les organes de base de notre corps social, à savoir les citoyens bien sûr, mais aussi leurs collectivités, leurs entreprises et leurs libres associations. C’est parce qu’elles seront en capacité de reprendre un développement soutenable et renforcer leur cohésion sociale que ces composantes vont ensuite accomplir progressivement une transition écologique, sociale, économique et financière, et rendre finalement pour d’autres « désirable ce qui est nécessaire ».

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Assemblée Générale de Tera de mars 2016 (photo : Tera)

12 effets d’usage vitaux pour habiter le présent.

D’ici à juin 2017, à Masquières sur 12 ha dont 6 de bois et 6 de terres bio, Tera crée une coopérative intégrale qui a pour but de constituer un patrimoine de communs productifs afin de concevoir, fabriquer et assembler toutes les composantes de cet écovillage expérimental. Ceux-ci permettront d’assurer 12 effets d’usage vitaux à ses habitants :

  • Se loger & se nourrir sainement ;
  • Renouveler l’énergie & l’eau que l’on consomme ;
  • S’informer librement & se déplacer facilement ;
  • Préserver nos communs & en optimiser l’usage ;
  • Étendre nos libertés individuelles & constituer de justes règles entre nous ;
  • Bien vivre & vivre ensemble.
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Le samedi après-midi est réservé à des activités de jardinage et de visite des lieux. Lors de l’élaboration d’une spirale d’aromatique, une ammonite fossile est découverte. Quelques membres considèrent cela comme un joyeux présage car la spirale est le symbole de Tera.

Consulter la charte de Tera en format.pdf.

Expérience vécue.

Lors de l’AG, les prises de décisions sont prises au consentement ou au pire au 2/3 des voix. Si un désaccord ou un conflit apparaît, la personne à l’origine du problème doit formuler clairement les détails son désaccord. Des réponses et si besoin des modifications sont alors proposées. Si aucune solution ne convient, un facilitateur aide à trouver une solution, il n’impose rien.  Si la facilitation échoue, alors est enclenché le processus de cercle restauratif.

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Bienveillance et non-violence dans les relations à Tera.

J’ai soulevé une objection concernant l’habitat. J’étais contrariée par la rédaction de la charte sur ce sujet. Il me semblait fermer l’imagination en ne proposant qu’un habitat modulable ou démontable. Il est clair qu’en tant qu’architecte je me suis sentie personnellement concernée, surtout pour la troisième phase de l’élaboration de Tera : l’essaimage. D’autant que j’ai en tête le projet d’une eutopie Tera en Bretagne. Pour moi le terme “écoconstruction” était ouvert et suffisant.

Après des discussions auprès de plusieurs membres de Tera venus gentiment me voir au cours du repas du soir, j’ai pu reformuler les raisons de mon mécontentement. Le lendemain, nous avons ensemble revu ce point et l’ajout du seul mot “compostable” à la charte m’a rassérénée. Le paragraphe concerné devient : “Afin de pouvoir restituer le site dans son état initial ou amélioré, les maisons construites sont autonomes en énergie, écologiques, nourricières, modulables et démontables ou compostables. La rénovation de l’habitat se fait en cohérence avec ces principes. L’association veille à utiliser des matériaux locaux.”

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Un peu de détente pendant l’AG, construction d’une barrière pour empêcher les chevreuils de brouter dans le potager.

Le site de Tera http://www.tera.coop/

La lettre hebdomadaire TeraHebdo n°2016-s14

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