Children Eitan Ferman

Construire des signes d’espoir

Ce matin j’ai de la gratitude pour l’Univers qui nous a engendré. J’ai de la gratitude pour notre soleil qui a inspiré mes années d’architecture bioclimatique et pour la lune qui rythme mon énergie féminine et la respiration de la mer. J’ai de la gratitude pour la terre et l’océan qui nous nourrissent, sans lesquels nous ne vivrions pas plus de trois semaines. J’ai de la gratitude pour la pluie, les sources, les rivières, l’eau qui me compose et sans laquelle je ne vivrais pas plus de trois jours. J’ai de la gratitude pour le vent que j’aime sentir sur mon visage, surtout au bord de la mer, qui est la danse de l’air sans lequel je mourrais au bout de trois minutes.

Ce sont de bien étranges moments que nous vivons.

Aujourd’hui 24 mai 2019, 2ème journée de grève pour le climat, j’hésite entre aller en bus prendre des photos de la manifestation à Rennes et rester chez moi, me creuser la cervelle pour trouver des signes d’espoir. Je suis tellement fatiguée de jouer la fille de Priam. Sans avoir ses qualités, je me sens porter la malédiction de Cassandre, jamais entendue, encore moins de mes proches. Est-ce que des photos de manifestants ou une énième idée peuvent maintenant changer notre destinée ? Et qui suis-je, une parmi sept milliards à vouloir élever ma voix ?

La colère m’assaille et me tue à petit feu. Mais comment supporter que nos enfants, notre petite-fille puisse être la dernière génération ?

C’est de cela qu’il s’agit à présent. C’est bien de la vie sur la terre dont je vous parle. Nous avons tout bousillé. Le climat s’emballe au point de faire de la Terre une étuve. Si par un incroyable sursaut nous diminuons dès cette fin de journée, nous tous des pays aisés, nos émissions de gaz à effet de serre par 4, si nous stoppons tout de suite notre folie consommatrice et arrêtons toutes nos extractions de matière première là, à l’instant et définitivement, nous ne sommes pas à l’abri de l’extinction. Demain le climat emballé, avant de nous griller, peut faire exploser les centrales nucléaires. Si nous les débranchons toutes, ce soir ou demain matin, nous ne sommes pas sortis d’affaire. Les sols agricoles que nous avons épuisés et qui s’érodent, même si nous changeons et pratiquons une agriculture de régénération, supporteront-ils les tempêtes, les orages, les inondations, les averses de grêle annoncées ? L’océan, la terre, l’eau, l’air sont déjà extrêmement pollués, d’irradiation, de plastique, de pesticides qui provoquent étouffement des océans et donc raréfaction de l’air, mutations, malformations, maladies, cancers. Comment nous soignerons-nous si nous pouvons simplement encore respirer ?

Que faire ? Que penser ?

Pour moi c’est dans la poésie et les mots de nos enfants, leurs projets de monde meilleur, d’une humanité en accord avec la nature. Et c’est dans les yeux et les sourires de notre petite-fille, que je cherche la force, l’envie, l’enthousiasme de continuer à respirer, boire, manger, imaginer, faire, construire, projeter. Mais j’ai des moments de fatigue.

Aujourd’hui j’hésite entre chercher des signes d’espoir dans les soulèvements populaires des Gilets Jaunes pour une vraie démocratie et contre la corruption des gouvernants, des marcheurs et des jeunes pour la sauvegarde du climat, des semeurs de coquelicots contre les pesticides, dans les assemblées citoyennes naissantes et les communes libres en gestation, chez les permaculteurs et les producteurs bio, chez les Incroyables Comestibles et tous les transitionneurs. les constructeurs d’écovillages, les écolos, les alternatifs, les défendeurs des Communs et du biomimétisme, et les adeptes du libre et de l’open source, ceux de la monnaie libre ? En parler, faire des photos, partager des articles, faire de notre maison une ambassade, continuer à en parler comme à pratiquer l’architecture bioclimatique, écologique. Humblement. En espérant que mes petits espoirs ajoutés à tous les petits autres fassent tsunami.

Ou construire. Parce qu’en écrivant, j’ai loupé l’heure du bus. Aller promener ma chienne auprès du lac, cueillir des fraises dans mon jardin, sarcler, nettoyer le poulailler, pour chercher l’inspiration. Faire ce que j’ai aussi toujours essayé, imaginer comment améliorer, à ma minuscule échelle, l’architecture et le reste. Aurais-je une idée, une seule idée pour construire un signe d’espoir ? Allons, je respire, je peux encore boire de l’eau filtrée, manger bio, enfiler mes chaussures de rando et marcher, marcher. Sans aucune humilité, égoïstement pour ma famille et ceux que j’aime, avec rage et détermination. Marcher, respirer. Chercher l’inspiration. Construire mon signe d’espoir pour croire que tout peut arriver.

Michèle, le 24 mai 2019.

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